Année 30, Barbès-Rochechouart : cinq musiciens assis et deux cents badauds qui debout, composent un cercle. Au centre, se déplaçant avec cette majesté de barrière qui fait les Madame Sans-Gêne, une chanteuse. Blonde ou brune, elle a la voix qui porte, le fracas du métro aérien ne la couvre pas. Elle chante pour divertir mais aussi pour instruire : avec elle, les badauds reprennent au refrain, en suivant les paroles sur le "petit format" qu'elle leur a vendu. De cette authentique poésie populaire, de cette expression de la rue, de cette spontanéité émouvante, il ne resterait rien si nous n'avions pas Dalida, Elle est notre chanteuse des rues contemporaine. Écrivant cela, ce n'est pas un compliment que je lui adresse mais un hommage que je lui rends. Il faut, pour être ce personnage, de l'insolence et de la candeur, une foi en soi qui n'exclut pas le sens critique mais interdit l'ironie du recul, de la noblesse de gouaille et tant de métier qu'il devient talent. Tout cela s'entend à l'écoute de ses nouvelles chansons, "Flamenco" et "Il silenzio" en particulier.
Jean Monteaux - 13 octobre 1965